Women's Energy In Transition, Camille Delnaud parmi les finalistes

Il est 6 heure du matin lorsque je retrouve Camille sur le quai encore silencieux de la gare de Cornavin. Dans quelques minutes, le TGV nous emportera vers Paris. À l’agenda : les préparatifs du Prix WEIT, créé par Dalkia, qui récompense l’engagement des femmes dans la transition énergétique.

Camille est ingénieure en génie climatique chez Energy Management. Lorsqu’elle a déposé son dossier de candidature, elle l’a fait presque sans y croire. Le Prix WEIT distingue des parcours féminins engagés dans un secteur encore largement masculin. Être sélectionnée parmi les finalistes relevait déjà, à ses yeux, de l’inattendu. Pourtant, quelques semaines plus tard, une invitation officielle arrive : séance photo, interview, préparation à la cérémonie du 10 mars.

Le train file à travers les paysages encore brumeux. À côté de moi, Camille relit ses notes. Elle se dit sereine, mais ses gestes trahissent une légère tension. Nous évoquons son parcours. Son entrée dans le monde de l’énergie ne relevait pas d’une vocation d’enfance, mais d’une opportunité saisie presque par hasard. La découverte d’un univers où technique et impact environnemental se rejoignent. La passion naît là, discrètement mais durablement.

Elle débute sa carrière dans une PME spécialisée en installations techniques CVC, partageant son temps entre bureau d’ingénieur et terrain. Cette double expérience lui offre une vision concrète et globale des projets. Aujourd’hui, à 30 ans, elle est cheffe de projet efficience et durabilité au sein d’un bureau d’ingénieurs d’environ 70 personnes. Elle accompagne des maîtres d’ouvrage sur des projets de rénovation énergétique et de construction durable, avec un focus sur la performance des bâtiments, les solutions bas carbone et la cohérence technique des projets.

Haut-Savoyarde d’adoption, amoureuse des sommets, Camille préfère l’ombre à la lumière. La montagne est son refuge, son équilibre. Elle y trouve le silence, l’effort juste, la mesure des choses. Son métier est une autre façon de préserver cet environnement fragile. Optimiser des systèmes énergétiques, réduire les consommations, concevoir des bâtiments plus sobres : pour elle, chaque projet est une pierre posée vers un futur plus responsable.

De son sac à dos, un piolet dépasse. Il l’accompagne comme un rappel silencieux de ce qui la guide. « En montagne, le piolet ne permet pas d’aller plus vite, mais d’aller plus loin », explique-t-elle. La métaphore lui ressemble : avancer avec méthode, ancrer chaque pas, privilégier l’endurance à l’éclat. Les glaciers reculent, ce qu’elle aime est fragile. Son métier est une manière concrète de le protéger.

Nous arrivons à La Défense avec près de deux heures d’avance. C’est sa manière d’être : rigoureuse, fiable, jamais prise au dépourvu. Mieux vaut patienter que courir. Au pied de la tour Europe, l’agitation parisienne contraste avec la sérénité qu’elle dégage. Direction le 26e étage.

Nous sommes accueillis par le service communication de Dalkia. Les présentations sont rapides, chaleureuses. Puis le décor se met en place : fond vert, projecteurs, micro, caméra. L’ingénieure devient, le temps d’une journée, porte-voix. Elle parle de son métier, des défis techniques, mais aussi des obstacles invisibles. Dans les réunions de chantier ou les bureaux d’études, les femmes restent minoritaires. Le manque de modèles et de visibilité freine encore bien des vocations.

Si tout était possible, quelle innovation rêverais-tu de créer ?

« Un outil simple, accessible à tous, qui permettrait de visualiser en temps réel l’impact énergétique et carbone d’un bâtiment avant même sa construction. Un outil qui rendrait visible l’invisible. Plus simple et plus ludique qu’un rapport d’ingénieur. Parce que la transition énergétique passe aussi par la compréhension : plus on rend les choix mesurables et concrets, plus les décisions deviennent faciles. »

Quels défis rencontres-tu ?

« Concilier performance environnementale, contraintes économiques et réalités techniques. Et parfois s’affirmer dans un environnement encore très masculin. Mais la compétence, la préparation et la constance finissent toujours par parler d’elles-mêmes. »

Selon toi, que faudrait-il pour accélérer la transition énergétique ?

« De l’audace. On sait quoi faire. Les solutions existent. Il faut oser aller plus vite, investir plus tôt, même si les bénéfices ne sont visibles qu’à long terme. La transition énergétique n’est pas seulement un choix technique, c’est un choix de société. »

Pourquoi participer au Prix WEIT ?

« Parce que la transition énergétique a besoin de visages. Et parce que les jeunes filles ont besoin de personnes auxquelles s’identifier. C’est ma manière de rendre visibles des parcours techniques engagés et de montrer que les femmes ont toute leur place dans la construction du monde de demain. »

Son message à la nouvelle génération est limpide : « N’ayez pas peur des métiers techniques. Ce sont des métiers utiles, concrets, créatifs et porteurs de sens. On a besoin de vous. »

Pour encourager davantage de femmes à s’orienter vers ces carrières, elle évoque la nécessité de montrer l’impact réel de ces métiers sur le climat et le quotidien, de multiplier les modèles féminins, de développer le mentorat et les immersions concrètes. « Plus les jeunes filles expérimentent, plus elles prennent confiance. »

À 16 heures, il est déjà temps de reprendre le train pour Genève. Un aller-retour éclair, mais chargé de sens. Pour Camille, le Prix WEIT dépasse sa personne. Il incarne une reconnaissance collective. Celle de toutes ces femmes qui choisissent les métiers techniques, qui s’imposent dans des environnements à dominante masculine, et qui contribuent, chaque jour, à transformer le secteur de l’énergie.

La nuit tombe lorsque nous retraversons la frontière. Sur le quai, le calme est revenu. Camille range ses notes, son piolet toujours accroché au sac. Elle retrouvera bientôt ses projets, ses calculs, ses chantiers. En attendant la cérémonie du 10 mars, la lumière médiatique s’éteindra, comme elle l’espère presque « j’ai pris la lumière pour 10 ans ». Mais son engagement, lui, continuera d’éclairer, patiemment, le chemin vers une transition énergétique plus inclusive et plus durable.